Le coworking, (futur) temple de la socialité, de l’expérience et de la productivité

Au niveau mondial, on parle d’un réseau de 23.000 espaces de travail et d’une communauté de 2 millions de coworkers. En pleine pandémie, ces lieux deviennent des catalyseurs offrant des services qui dépassent ce que peut apporter le home-working et qui seront demain les nouveaux hubs qui accueilleront à la fois le « social working « , les nouveaux « corporate workings », les freelances et  les entrepreneurs qui veulent bâtir le monde de demain.

Comment et pourquoi choisir un coworking ? On vous donne toutes les clés pour y parvenir.

Rencontre avec Edouard Cambier plus connu parfois sous le nom de « Mr Coworking », gérant de Seed Factory, un espace de coworking spécialisé dans la communication situé à Auderghem. Il est aussi le président de la BWA, la Belgian Workspace Association.

 

Quelles ont été les conséquences du COVID-19 sur les coworkings belges  ?

Vous savez, la Belgique, ce sont 465 espaces qui sont catégorisés en deux gros morceaux : les centres d’affaires, des bâtiment avec des tables, des chaises, une connexion wifi et très peu d’humain. De l'autre côté, vous trouvez les coworkings, des bâtiments avec des tables, des chaises, une connexion wifi et avec beaucoup d’humain. Depuis la pandémie, ce sont plutôt les bons vieux centres d'affaires  qui sont en bordure de villes qui fonctionnent bien.  Quand je regarde les chiffres, ce sont principalement ceux qui sont situés à Braine-l’Alleud, à Alost, en périphérie de Gand et d'Anvers qui parviennent à tirer leur épingle du jeu.  À l’inverse, les coworkings souffrent énormément de la situation et ce, tout simplement parce qu'ils ont mis l'accent sur l’humain. Ils ont privilégié les interactions, l’intelligence collective, les déjeuners à plusieurs, les brainstormings à côté de la bonne vieille machine à café… Et tout ça pour l’instant, ce n’est malheureusement plus possible.

 

Peut-on s’interroger sur l’avenir des coworkings, vont-ils disparaitre ?

C’est très simple : ceux qui ont 10 ans d'âge et qui ont déjà remboursé un gros morceau de leur emprunt à la banque vont survivre. En revanche, ceux qui se sont lancés dans l’aventure il y a un an ou deux et qui ont fait un gros emprunt ne recevront pas de rallonge. Il va y avoir de la casse, il y en a déjà eu un petit peu, mais pas trop heureusement.

 

Pourquoi n’y a t-il pas a eu plus de « casse » comme vous dites ?

Parce que la population dans les coworkings est très smart. Ce sont des entrepreneurs sur le qui-vive, qui sont au coeur du marché et sur le terrain. Par conséquent, ils ont une capacité à pivoter, à réagir en mode agile et à maintenir leur business à flot, quand cela est possible.

 

Quel est l’intérêt d’un coworking ?

La liberté d’entreprendre dans de bonnes conditions à bas prix. Je crois que les fondamentaux n'ont pas vraiment changé avant ou après l’arrivée du COVID :  un coworking ça ne coûte pas cher. Quand j’ai commencé à bosser il y’a une trentaine d’années, pour se lancer: il fallait une BMW, il fallait deux assistantes , un fax, un ordinateur gigantesque qu'on n'arrivait pas à porter sous le bras et enfin, il fallait un bureau. Vous deviez donc dépenser 10.000 € avant même d’avoir commencé à entreprendre. Aujourd’hui grâce à un coworking, vous payez un loyer qui avoisine les 250 € par mois et il vous suffit d’un ordinateur portable à 1.500 €. A ce moment-là, on peut commencer à entreprendre.

 

La tendance du « proximity working » est-elle une réalité ?

Oui, on vient également chercher de la proximité. Je conseille toujours aux gens de choisir un espace qui leur permet de se rendre à pied et/ou à vélo au bureau. Prendre sa voiture et devoir traverser une ville chaque jour pour se rendre dans un espace de travail partagé, ça n’a juste pas de sens.  Si je regarde sur les 20 dernières années, les coworkers dans les premières années pouvaient faire 150 km pour venir travailler ici. Il y a 10 ans, il faisaient 50 km et aujourd’hui, ils ne font plus que 3 km. Si c'est plus, ils ne viennent tout simplement pas dans les espaces.

 

Comment choisir au mieux son coworking ?

Aujourd'hui ce n’est pas uniquement le prix qui compte, c'est surtout la communauté qui importe. Cette communauté elle doit compléter votre chaîne de valeur. Par exemple, si je suis consultant en import-export, je m'installerai dans un espace où il y a beaucoup de juristes. Si je suis avocat, je m'installerai dans un espace où il y a quelques fiscalistes. Si je suis dans la communication, si je suis dans la création de l'image, j'irai dans un espace où on fait des logos, on fait du branding, où il y a un studio de podcast et vidéo à disposition…

 

Un coworking, c’est donc le principe même de l’agilité tant recherchée par les entrepreneur(e)s?

En effet : on peut choisir de venir dans un espace qui peut être utilisé en "part time", à la journée, au mois etc,. Le coworking s’adapte finalement à votre business et à votre pipeline.

 

Qu’est-ce qui vous fait penser que le home-working ne tuera pas le coworking ?

Je dirais que demain, les espaces de travail devront offrir des choses qu’on n’a pas chez soi. A la maison on a tous : une table, des chaises, deux écrans. Demain, les PME, les corporates, les coworkings devront offrir des expériences qu’on ne peut pas trouver chez soi. Par exemple, ils pourront proposer des salles augmentées, de la XR, de la VR, des Green Key, des caméras robotisées, des studios vidéo, des studios podcast, etc.

 

Dans un livre qui sortira dans les prochains jours, vous questionnez l’avenir du bureau. En ce qui concerne le coworking, vous mentionnez des nouveaux mots comme « corporate working », « social working » ou encore « productivity working ». Pouvez-vous nous en dire davantage ?

« Corporate working »

Ce qui va se passer, c'est que le monde corporate va tout doucement se remettre en question, cela va prendre des années pendant lesquelles tout ce petit monde va devoir se réinventer. Je pense que les corporates vont petit à petit se retrouver dans des coworkings. Pour donner un exemple, sur les 10.000 personnes qui travaillent chez Belfius. Tous les matins, il y en a 2000 qui vont travailler dans la tour Belfius, place Rogier. Je crois que sur ces 2000 personnes, la moitié travailleront de façon décentralisée dans des coworkings. Ce ne sera pas pour 2021, ce sera peut-être pour 2022 et probablement plutôt pour 2023.

 

« Social working »

Un peu comme les médias sociaux, on va retrouver dans les espaces de coworking des personnes qui viendront uniquement pour des moments festifs, des moments de networking et de rencontres. On va d’ailleurs vers une activité probablement un petit peu plus nocturne au sein de nos espaces (quand cela sera de nouveau possible).

 

« Productivity working »

La productivité est centrale : il y a de plus en plus de gens qui nous louent des espaces de réunion pour être très productif pendant un très petit moment donné. Au quotidien, ils travaillent de chez eux, mais une à deux fois par semaine, ils louent une salle de réunion et essayent de concentrer tout ce qui concerne la productivité avec les collaborateurs, c’est-à-dire : tout ce qu’ils ne savent pas faire sur Slack.

 

 

 

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